La philosophie à l’abattoir (Atelier 10)

La philosophie à l’abattoir. Réflexions sur le bacon, l’empathie et l’éthique animale, Atelier 10, Nouveau projet – Document 14, 2018, 100p. Co-rédigé avec Jean-François Labonté.

De quoi aurait l’air une société juste envers les animaux? Comment repenser le cadre éthique, politique et social qui balise nos relations avec eux? Ces questions suscitent un débat collectif qui s’annonce comme l’un des plus importants du 21e siècle.

Entre les habitudes culturelles et les discours antispécistes, beaucoup peinent à se faire une opinion. Pour nous outiller, «La philosophie à l’abattoir» dresse une synthèse limpide et vivante des arguments invoqués dans cette discussion.

Sommaire :
Introduction : Marius la girafe inutile
Petite histoire des poulets à ressorts
Plus c’est succulent, moins ça pense
Le philosophe et les inférieurs
Spécisme et éthique intergalactique
Les animaux comptent (mais pas tant que ça)
Un peu d’impartialité : la piste utilitariste
La vache qui rit et autres suicide food
La politique de la cage vide
Le droit à l’autonomie et les canots de sauvetage
L’éthique du care et la citoyenneté animale
Souveraineté et droit de résidence
Une « pitié de femme »
Les véganarchistes
L’élitisme végane
La cruauté des autres
De bien curieux sondages
Ces terroristes qui aident les animaux
Du devoir de savoir et d’être témoin
Conclusion : les humains d’abord !

Le livre a donné lieu à une excellente couverture médiatique :

Lancement le 30 novembre à 18h à la Coop Les Récoltes:
https://www.facebook.com/events/295882691266266

Causerie Librairie Zone Libre (animée par Martin Gibert) le 7 décembre à 18h : https://www.facebook.com/events/279740186216479/

Venez nous visiter pour des dédicaces au Salon du livre de Montréal | 2018 le samedi 17 et le dimanche 18 de 14h30 à 16h00:
http://www.salondulivredemontreal.com/auteurs/6093/

Ce petit essai s’adresse à un public intéressé par les dimensions éthiques et politiques de nos relations aux animaux. Introductif, il est très court (20 000 mots) et aborde autant les questions philosophiques et historiques (Descartes, Kant, Bentham) que les enjeux actuels (véganisme, actions directes, désobéissance civile) en insistant sur le rôle des femmes dans le mouvement. Il s’agit d’un excellent guide de lecture aux étudiantes et étudiants dans les cours en éthique, en politique, en philosophie, en sociologie, en sciences humains et en études environnementales.

The Politics of Species: Reshaping our Relationships with Other Animals

“The Politics of Species. Reshaping our Relationships with Other Animals.”

Forthcoming, Cambridge University Press

Edited by Raymond Corbey and Annette Lanjouw

the politics of species Cambridge 2013 2The assumption that humans are cognitively and morally superior to other animals is fundamental to social democracies and legal systems worldwide. It legitimises treating members of other animal species as inferior to humans. The last few decades have seen a growing awareness of this issue, as evidence continues to show that individuals of many other species have rich mental, emotional and social lives.

Bringing together leading experts from a range of disciplines, this volume identifies the key barriers to a definition of moral respect that includes nonhuman animals. It sets out to increase concern, empathy and inclusiveness by developing strategies that can be used to protect other animals from exploitation in the wild and from suffering in captivity. The chapters link scientific data with normative and philosophical reflections, offering unique insight into controversial issues around the ethical, political and legal status of other species.

Introduction: between exploitation and respectful coexistence

Part I. Moving Beyond Speciesism:
1. How speciesism undermines compassionate conservation and social justice Marc Bekoff
2. The rights of sentient beings: moving beyond old and new speciesism Joan Dunayer
3. Indexically yours: why being human is more like being here than like being water David Livingstone Smith
4. Apeism and racism: reasons and remedies – Edouard Machery
5. ‘Race’ and species in the post-WW2 United Nations discourse on human rights – Raymond Corbey
6. Addressing the animal-industrial complex – Richard Twine

Part II. Sentience and Agency:
7. Humans, dolphins and moral inclusivity Lori Marino
8. The expression of grief in monkeys, apes and other animals Barbara King
9. Great ape mindreading: what’s at stake? – Kristin Andrews
10. Intersubjective engagements without theory of mind: a cross-species comparison – Dan Hutto
11. ‘Unnatural behaviour’: obstacle or insight at the species interface? – Lucy Birkett and Bill McGrew
12. Animals as persons in Sumatra – Jet Bakels
13. Interspecies love: being and becoming with a common ant, Ectatomma ruidum (Roger) – Eben Kirksey

Part III. Towards Respectful Coexistence:
14. Social minds and social selves: redefining the human-alloprimate interface – Agustin Fuentes
15. The human-macaque interface in the Sulawesi Highlands – Erin Riley
16. The fabric of life: linking conservation and welfare – Annette Lanjouw
17. Home flocks: deindustrial domestications on the coop tour – Molly Mullin
18. Entangled empathy: an alternative approach to animal ethics – Lori Gruen
19. Extending human research protections to nonhuman animals – Hope Ferdowsian and Chong Choe
20. The capacity of nonhuman animals for legal personhood and legal rights – Steven Wise

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the politics of species Cambridge 2013 2

Regan – A Case for Animal Rights (1989)

Tom Regan to the Royal Institute of Great Britain, 1989.

An excellent short overview of the theory of animal rights – 7 min – avec sous-titres français.

Transcription en français (Transcription in English below)

Regan – Présentation des Droits des animaux (1989)

(source) merci à Enrique Utria pour les liens et la traduction

Les autres animaux que les humains mangent, utilisent dans la science, chassent, piègent et exploitent de diverses autres façons ont une vie par eux-mêmes, qui est d’importance pour eux, indépendamment de leur utilité pour nous. Ils sont non seulement dans le monde, ils sont aussi conscients de lui, et aussi de ce qui leur arrive. Et ce qui leur arrive leur importe. Chacun a une vie qui se porte, du point de vue de l’expérience, mieux ou moins bien pour ceux dont c’est la vie. Comme nous, ils apportent une présence psychologique unifiée au monde. Comme nous, ils sont quelqu’un, non pas quelque chose.

Sur ces aspects fondamentaux, les animaux non humains dans les laboratoires ou les élevages, par exemple, sont semblables (same) aux êtres humains. Ainsi, l’éthique de nos rapports avec eux et des relations que nous entretenons les uns avec les autres doit reposer sur certains des mêmes principes moraux fondamentaux. À son niveau le plus profond, une éthique humaine éclairée est fondée sur la valeur indépendante de l’individu. Traiter les êtres humains de façons qui n’honorent pas leur valeur indépendante, les réduire au statut d’outils, de modèles ou de marchandises, par exemple, c’est violer le droit le plus fondamental des droits de l’homme, le droit à être traité avec respect. La philosophie des droits des animaux exige seulement que la logique soit respectée car (for) tout argument qui explique de manière plausible la valeur indépendante des êtres humains implique que les autres animaux ont la même valeur et l’ont également. Et tout argument qui, de manière plausible, explique le droit des humains à être traité avec respect implique aussi que ces autres animaux ont le même droit, et l’ont de manière égale.

Suite à une couverture médiatique bien choisie par le passé, dont le débat de ce soir est une notable et louable exception, le grand public a incliné à voir les défenseurs des droits des animaux en termes exclusivement négatifs. Nous sommes anti-intellectuels, anti-science, anti-rationnels, anti-humains. Nous prenons position contre la justice et pour la violence. Il se trouve que la vérité est exactement le contraire. La philosophie des droits des animaux est du côté de la raison. Car il n’est pas rationnel de discriminer arbitrairement, et la discrimination contre les animaux non humains est, on peut le démontrer, arbitraire. Il est mal de traiter des êtres humains plus faibles, spécialement ceux qui n’ont pas une intelligence humaine normale, comme des outils ou des modèles, par exemple. Il ne peut être rationnel, donc, de traiter les autres animaux comme s’ils étaient des outils, des modèles, etc., si leur psychologie est aussi riche ou plus riche que celle de ces êtres humains.

La philosophie des droits des animaux est pro et non pas anti science. Cette philosophie est respectueuse de notre meilleure science, en général, et de la biologie évolutionniste, en particulier. Cette dernière enseigne que, dans les mots de Darwin, les humains diffèrent de nombreux autres animaux en degré, et non pas en genre. Les questions de savoir où tracer la limite misent de coté, il est évident que les animaux de laboratoire, élevés pour la nourriture, chassés pour le plaisir ou piégés pour le profit, par exemple, [nous] sont apparentés psychologiquement (psychological kin). Ce n’est pas fantaisiste. C’est un fait, soutenu par notre meilleure science.

La philosophie des droits des animaux prend position pour, non pas contre, la justice. Nous ne devons pas violer les droits des peu nombreux pour que les plus nombreux puissent en bénéficier. L’esclavage permet cela. Le travail des enfants permet cela. Toutes les institutions sociales injustes permettent cela, mais pas la philosophie des droits des animaux dont le principe le plus élevé est celui de Justice.

La philosophie des droits des animaux prend position pour la paix et contre la violence. L’exigence fondamentale de cette philosophie est de traiter les humains et les autres animaux avec respect. Cette philosophie, donc, est une philosophie de paix, mais c’est une philosophie qui étend l’exigence de paix au-delà des frontières de notre espèce. Car il y a là une guerre non déclarée faite tous les jours à des millions d’animaux non humains, trop nombreux pour être comptés. Prendre véritablement position pour la paix c’est prendre fermement position contre leur impitoyable exploitation.

Et, à l’exception du menu de distorsions communément servi par les médias, qu’est-ce qui sera dit par les opposants aux droits des animaux? L’objection sera-t-elle que nous mettons à égalité animaux et humains à tous les égards quand, en fait, humains et animaux diffèrent grandement? Mais, clairement, nous ne disons pas que les humains et les autres animaux sont identiques en tout, que les chiens et les chats peuvent faire des calculs ou que les porcs et les vaches apprécient la poésie. Ce que nous disons c’est que, comme les humains, de nombreux autres animaux ont par eux-mêmes un bien-être dérivé-de-l’expérience. En ce sens, eux et nous sommes les mêmes, en ce sens, donc, malgré nos nombreuses différences, eux et nous sommes égaux.

L’objection nous fera-t-elle dire que tout humain et tout animal a les mêmes droits, que les poulets devraient avoir le droit de vote, et les porcs le droit à des leçons de ballet? Mais, bien sûr, nous ne disons pas cela, tout ce que nous disons c’est que ces animaux et humains partagent un droit moral fondamental, le droit à être traité avec respect.

L’objection sera-t-elle que, parce que les animaux ne respectent pas nos droits, nous n’avons donc aucune obligation de respecter leurs droits? Mais il est beaucoup d’êtres humains qui ont des droits et qui sont incapables de respecter les droits des autres. Les jeunes enfants, les handicapés mentaux et les dérangés de tous âges, dans leur cas, nous ne disons pas qu’il est parfaitement bien de les traiter comme des outils, des modèles ou des marchandises parce qu’ils n’honorent pas nos droits. Au contraire, nous reconnaissons que nous avons un devoir de les traiter avec respect. Ce qui est vrai des cas impliquant des êtres humains n’est pas moins vrai dans les cas impliquant d’autres animaux.

L’objection sera-t-elle que même si les autres animaux ont bel et bien des droits moraux, il est des choses plus importantes qui nécessitent notre attention? La faim dans le monde, les enfants victimes d’abus sexuels, par ex., l’apartheid, la drogue, les violences faites aux femmes, la situation critique des sans-abris. Après, après que nous nous serons souciés de ces problèmes, alors nous pourrons nous inquiéter des droits des animaux. Cette objection oublie que la base du mouvement pour les droits des animaux est composée de gens dont le premier service est le service humain. Docteurs, infirmières et autres professionnels de santé, personnes impliquées dans un large éventail de services sociaux – de l’assistance aux victimes de viols, à l’aide aux enfants abusés sexuellement, aux victimes de famines ou de discriminations –, professeurs à tous les degrés de l’éducation, ministres du Culte, prêtres, rabbins… Comme les lumières de ces gens le démontrent, le choix auxquels ils font face n’est pas soit aider les humains soit aider les autres animaux. On peut faire les deux. Nous devrions faire les deux.

L’objection sera-t-elle, finalement, que personne n’a de droits, pas un seul être humain ni un seul autre animal non plus, mais plutôt que le bien et le mal concernent le fait d’agir de manière à produire les meilleures conséquences, en étant certain de compter les intérêts de chacun et de compter les intérêts égaux également? Cette philosophie morale, l’utilitarisme, a une longue et vénérable histoire. D’influents hommes et femmes du passé et du présent comptent parmi ses adhérents, et c’est cependant une banqueroute de la philosophie morale, si tant est qu’il y en ait jamais eu. Devons-nous sérieusement, sérieusement, nous enquérir de l’intérêt du violeur avant de déclarer qu’il est mal de violer ? Devons-nous demander à celui qui moleste un enfant si son intérêt serait frustré, avant de condamner la molestation de notre enfant? De manière remarquable, un utilitariste consistant exige que nous posions ces questions et, en exigeant cela, il abandonne toute prétention à notre assentiment rationnel.

Concernant la philosophie des droits des animaux, maintenant, est-elle rationnelle, impartiale, scientifiquement informée, prend-elle position pour la paix et contre l’injustice? À cela, à toutes ces questions, la réponse est un oui inconditionnel. Et quant aux objections qui sont élevées contre cette philosophie, est-ce que ceux qui acceptent [la philosophie des droits des animaux] sont capables d’offrir des réponses rationnelles et informées? Et, là encore, la réponse est oui. Dans la bataille des idées, la philosophie des droits des animaux l’emporte, ses critiques perdent. Il reste à voir de quel côté émerge la victoire dans la bataille politique en cours entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas.

Regan – A Case for Animal Rights (1989)

The other animals humans eat, use in science, hunt, trap and exploit in a variety of other ways have a life of their own that is of importance to them, apart from their utility to us. They are not only in the world, they are aware of it and also of what happens to them. And what happens to them matters to them.

Each has a life that fares experientially better or worse for the one whose life it is. Like us they bring a unified, psychological presence to the world. Like us they are somebodies, not somethings. In these fundamental ways that nonhuman animals in labs or on farms for example are the same as human beings. And so it is that the ethics of our dealings with them and with one another must stress on some of the same fundamental moral principles.

At its deepest level, an enlightened human ethics is based on the independent value of the individual. To treat human beings in ways that do not honour their independent worth is to reduce them to the status of tools, or models or commodities, for example, is to violate that most basic of human rights, the right to be treated with respect.

The philosophy of animal rights demands only that the logic be respected for any argument that plausibly explains the independent value of human beings implies that other animal have the same value and have it equally. And any argument that plausibly explains the rights of humans to be treated with respect also implies that these other animals have the same rights and have it equally also.

As a result of selected media coverage in the past which this evening’s debate is a notable and praiseworthy exception, the general public has tended to view advocates of AR in exclusively negative terms: we are anti-intellectual, anti-science, anti-rational, anti-human, we stand against justice and for violence. The truth, as it happens, is quite the reverse. The philosophy of AR is on the side of reason, for it is not rational to discriminate arbitrarily, and discrimination against nonhman animals is demonstrably arbitrary. It is wrong to treat weaker human beings, especially those who are lacking a normal human intelligence, as tools or models, for example.

It cannot be rational, therefore, to treat other animals as if they were tools, models and the like if their psychology is as rich as, or richer than, these human beings.

The philosophy of AR is pro, not anti-science. This philosophy is respectful of our best science in general and of evolutionary biology in particular. The latter teach us that, in Darwinian words, human differ from many other animals in degree and not in kind. Questions about line-drawing to one side, it is obvious that the animals used in laboratories, raised for food, and hunted for pleasure, or trapped for profit, for example, are our psychological kin. This is not fantasy. This is fact, supported by our best science.

The philosophy of AR stands for, not against justice. We are not to violate the rights of the few so that the many might benefit. Slavery allows this, child labour allows this, all unjust social institutions allow this, but not the philosophy of AR whose highest principle is that of justice.

The philosophy of AR stands for peace, and against violence. The fundamental demand of this philosophy is to treat humans and other nonhuman animals with respect. This philo, therefore, is a philosophy of peace. But it is a philo that extends the demand for peace beyond the boundaries of our species, for there is an undeclared war being waged everyday against countless millions of nonhuman animals.

To stand truly for peace is to stand firmly against their ruthless exploitation.

And what aside from the common menu of media distortions, what will be said by the opponents of the AR. Will the objections be that we are equating animals and humans in every respect when in fact humans and animals differ greatly, but clearly we are not saying that humans and other animals are the same in every way; that dogs and cats can do calculus, or the pigs and cows enjoy poetry. What we are saying is that, like humans, many other animals have an experiential welfare of their own. In this sense, we and they are the same. In this sense, therefore, despite our many differences, we and they are equal.

Will the objection be that we are saying that every human and every animal has the same rights, that chicken should have the right to vote, and pigs the right to ballet lessons but, of course, we are not saying this. All we are saying is that these animals and humans share one basic moral right, the right to be treated with respect.

Will the objection be that, because animals do not respect our rights, we therefore have no obligation to respect their rights either. But there are many human beings who have rights and are unable to respect the rights of others. Young children, and the mentally enfeebled and deranged of all ages; in their case, we do not say that it is perfectly all right to treat them as tools or models or commodities, because they do not honour our rights. On the contrary, we recognize that we have a duty to treat them with respect.

What is true of cases involving these human beings in no less true of cases involving other animals.

Will the objection be that, even if other animals do have moral rights, there are other more important things that need our attention: world hunger, and child abuse, for example. Apartheid, drugs, violence to women, the plight of the homeless, after, after we take care of these problems, then we can worry about AR.

This objection misses the mark for the rank and file of the AR movement is composed of people whose first lines of service is human service: doctors, nurses and other health care professionals, people involved in a broad range of social services from rape counseling to aiding victims of child abuse, or famine or discrimination, teachers of every level of education, ministers, priests, rabbis.

And the lives of these people demonstrate that the choice that people face are is not between helping humans or helping other animals. For one can do both. We should do both.

Will the objection be, finally, that no-one has rights, not any human being and not any other animal either but, rather, that right and wrong are a matter of acting to produce the best consequences, being certain to count everyone’s interests and count equal interests equally. This moral philosophy, utilitarianism, has a long and venerable history, influential men and women, past and present, are among its adherents and yet it is a bankrupt moral philosophy if ever there was one.

Are we seriously, seriously, to inquire as to the interest of the rapist before declaring rape wrong; should we ask the child molester whether his interest would be frustrated before condemning the molestation of our children? Remarkably a consistent utilitarianism demands that we ask these questions and, in so demanding, relinquishes any claim on our rational assent. With regard to the philosophy of AR, then,] is it rational, impartial, scientifically-informed, does it stand for peace, and against injustice? To these – all these questions – the answer is an unqualified yes.

And as for the objections that are raised against this philosophy, are those who accept it able to offer rational, informed, answers, again the answer is yes. In a battle of ideas, the philosophy of AR wins, its critics lose. It remains to be seen which side emerges, as the victor in the ongoing political battle between what is just and what is not.

(source de la transcription et merci à Frédéric Côté-Boudreau pour le lien)

Le livre de Regan a été récemment traduit en français par Enrique Utria.

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Animal Death – Chloë Taylor sur nos obligations envers les animaux morts

Un excellent article de Chloë Taylor, « Respect of the (animal) dead », vient de paraître dans le collectif Animal Death (dirigé par J. Johnston et F. Probyn-Rapsey, Sydney University Press, 2013).

La conception dominante dans le monde occidental est déontologique dans le cas des cadavres humains et utilitariste pour les cadavres des autres animaux.

Nous pensons qu’il est respectueux envers les animaux d’utiliser toutes les parties de leur corps (leur chair, leurs muscles, leur sang, leurs os, etc.), alors qu’il est irrespectueux d’instrumentaliser les corps humains – particulièrement pour la nourriture.

Les cadavres huAnimal Deathmains requièrent le respect et des rituels. Les cadavres des autres animaux requièrent l’instrumentalisation la plus complète possible – « afin qu’ils ne soient pas morts pour rien », comme on dit (oubliant que ce sont souvent nous qui les avons tués dans le but précis d’utiliser leurs restes à des fins diverses).

Taylor souligne que peu de choses ont été écrites en ce qui concerne nos obligations envers les morts en éthique animale. Clare Palmer en discute, mais considère que, les torts étant toujours actuels, nous faisons mieux de dépenser notre énergie à respecter et protéger les vivants plutôt que les morts.

Le problème, souligne Taylor, est que rendre la mort des autres animaux « ungrievable » a pour effet de rendre leur vie moins réelle : « being ungrievable in death means that one’s life will not be recognised as a life ».

Reconnaître la mort d’un animal comme une mort digne d’un deuil, c’est la reconnaître sa vie comme une vie, une existence singulière à jamais irremplaçable.

Dans la situation actuelle, le deuil est strictement réservé pour les vies humains et faire un deuil des autres animaux est considéré comme un enfantillage, à la limite du pathologique.

  • Contrairement à ceux travaillant en éthique animale qui considèrent que faire le deuil d’un animal est une perte de temps dans le contexte actuel où il y a tant d’animaux qui souffrent et meurent sans nécessité, Chloë Taylor soutient de façon convaincante que la façon dont nous traitons les morts a une incidence directe sur notre façon de traiter les vivants.

– L’article est accessible au complet sur Google books.

– Plus d’infos sur le recueil : http://purl.library.usyd.edu.au/sup/9781743320235

Les droits des animaux de Regan – trad Enrique Utria

Enrique Utria vient de faire paraître la traduction française de The Case for Animal Rights aux Editions Hermann. Il était temps que la bible du droit des animaux soit disponible au public français! Voilà une très bonne nouvelle.  

Les droits des animaux de Tom Regan

utriaLes animaux ont des droits. C’est la thèse que défend Tom Regan dans cette œuvre fondatrice, contribution majeure à la réflexion morale contemporaine.  Loin d’être sans pensée, comme l’affirmait Descartes, les animaux que nous mangeons, chassons ou livrons aux expériences scientifiques sont conscients du monde. Leur esprit est empreint de croyances et de désirs, de souvenirs et d’attentes. Ce sont, à ce titre, des êtres dotés d’une valeur morale propre, indépendamment de l’utilité qu’ils peuvent avoir pour nous. Ce n’est pas simplement par compassion pour leur souffrance, mais par égard pour leur valeur que nous devons les traiter avec respect.
La théorie de Regan est la formulation philosophique la plus élaborée et la plus radicale d’une éthique des droits des animaux. Elle pose une exigence de cohérence : si nous refusons l’exploitation des hommes, il nous faut également dénoncer l’exploitation des animaux non humains. L’abolition de l’élevage, de la chasse et de l’expérimentation est requise par la justice.

EXTRAIT :

“Être le sujet-d’une-vie […] implique plus qu’être simplement en vie  […]: les individus sont sujets-d’une-vie s’ils ont des croyances et des désirs ; une perception, une mémoire et un sens du futur, y compris de leur propre futur ; une vie émotionnelle ainsi que des sentiments de plaisir et de douleur ; des intérêts préférentiels et de bien-être ; l’aptitude à initier une action à la poursuite de leurs désirs et de leurs buts ; une identité psychophysique au cours du temps ; et un bien-être individuel, au sens où la vie dont ils font l’expérience leur réussit bien ou mal, indépendamment logiquement de leur utilité pour les autres et du fait qu’ils soient l’objet des intérêts de qui que ce soit.” (Regan, Le droit des animaux, tr. Utria, p. 479).

Entrevue avec Enrique Utria et Florence Burgat sur les ondes de France Culture le 13 mai 2013: une longue et excellente entrevue avec Stéphane Déligeorges qui vous donnera le goût de plonger dans le grand livre de Regan.

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Llored – Politique et ethique de l’animalite de Derrida

En une très courte entrevue de moins de 8 minutes, Patrick Llored, introduit son nouveau livre Jacques Derrida, Politique et éthique de l’animalité  paru le 15 janvier aux éditions Sils Maria dans la collection 5 concepts.

Il commence par rappeler que l’on a rarement reconnu que la pensée de l’animal était au centre de la philosophie derridienne (dès De la grammatologie) et déplore que les lecteurs intéressés par la question de l’animal chez Derrida se limitent à L’animal que donc je suis.
Derrida a en effet travaillé la question de la limite et de l’exclusion d’une façon qui a dès le départ inclus les animaux. Il a souligné, comme certains autres penseurs Juifs, la proximité entre la violence antismémite et la violence spéciste.

Ce n’est pas que nous excluons les animaux comme nous excluons certains humains, mais que nous excluons certains humains comme nous excluons les animaux. Ce n’est pas la même chose. L’exclusion de l’animal du social signe le prototype du geste d’exclusion de celui qui n’est pas reconnu comme un membre de la communauté (alors que tous reconnaissent qu’il n’y a jamais de sociétés simplement humaines, qu’elles se sont développées dès leurs origine avec des animaux de d’autres espèces, en tant que communauté mixte).

Il décompose les concepts centraux (dont celui de carnophallogocentrisme) et affirme qu’une éthique de l’animalité passe par la reconnaissance qu’il y a une souveraineté chez tous les animaux.

Dès que je recevrai son livre, j’en ferai une recension détaillée.

Patrick Llored, Jacques Derrida, Politique et éthique de l’animalité  (éditions Sils Maria, collection 5 concepts).

Écouter l’entrevue sur France Culture :